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Esaïe 60, 1-6

Dans ce texte il est question de Gloire et de Lumière. Et quand on parle de Gloire c’est synonyme de puissance, abondance, honneur, les paillettes, quelqu’un qui est au sommet de sa gloire, ou un royaume qui est à son apogée.

Pourtant, dans les faits, lorsque les premiers rapatriés reviennent à Jérusalem il n’y a que des ruines. Ce n’est qu’en 537 BC que l’autel est dégagé des ruines du temple et ce n’est qu’après le culte reprend. i.e ils font leur culte sans les murs, mais la condition siné qua non est remplie, i.e la restauration de l’autel qui permet de réaliser les différents sacrifices selon la loi. Pour eux cela est déjà une grande victoire car à partir du moment ou les rituelles des sacrifices reprennent, cela signifie que la présence de Dieu au milieu de son peuple est retrouvée. Et il faut se rappeler que lors de la réforme deutéronomique orchestré par le roi Josias, tout culte doit être fait à Jérusalem. Il n’est plus permis à partir du temps de Josias de faire des sacrifices sur les hauts lieux. Cette initiative est prise pour éradiquer toutes forme de syncrétisme.
Alors, nous comprenons mieux maintenant, le sens de la parole du prophète au V.4-6. On peut dire que la vie de Jérusalem dépend du sacerdoce des prêtres. Car les pèlerinages reprennent, les nations recommencent à venir à Jérusalem. Et la ville morte devient une ville vivante à cause de la foule et du monde qui y vient.
Par conséquent, la gloire de Jérusalem annoncée par le prophète ne se situe plus plus dans les architectures du Temple et de la ville. Ils étaient si orgueilleux de la beauté du temple au temps de Salomon qu’ils avaient complètement oublié que ce qui rendait la gloire de Jérusalem c’était la présence de l’Eternel auprès Dieu à travers le sacerdoce des prêtres et non dans les beaux bâtiments.

Nous pourrions dire, mais où y a-t-il de gloire et de lumière au milieu de ses ruines ? l’existence de l’autel suffirait il ?

(Cf Exode 20, 22-26) : ce qui est à retenir dans ce texte que je viens de vous lire c’est que Dieu vient là où on offre un sacrifice sur un autel. Et ce verbe venir, ce n’est pas juste venir, mais apporte une bénédiction parce que son nom est évoqué. C’est cette présence de YHWH là qui assure la gloire. Sa lumière attire les nations à se déplacer vers Jérusalem. Ce n’est plus Jérusalem qui attire le monde pour aller voir et admirer les sagesses de Salomon par exemple, à l’époque de la reine de Saba, mais venir contempler la face de l’Eternel.
Cette situation postexilique était un peu un retour à la source bien avant la construction du Temple où il n’y avait que la tabernacle (la tente de la rencontre) où les gens venaient autour de la tente lorsque la nuée épaisse descendait sur le tabernacle, tout le monde venait à plat ventre pour écouter ce que l’Eternel avait à dire à son peuple.
C’est cette lumière resplendissante-là qui fut perdu depuis longtemps et que l’Eternel voulait faire redécouvrir à son peuple, et pour arriver à ses fins, il a permis la destruction du Temple pour reconquérir le cœur de chaque enfant d’Israël.
Ce n’est pas pour rien qu’Israël a reçu un titre spécifique de Dieu : et vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte.” Telles sont les paroles que tu diras aux fils d’Israël. » (Ex 19, 6).
Ce qu’Israël ne sût pas c’est que s’il a été mis à part c’est pour être en sacerdoce pour toutes les nations. En fait, l’alliance que Dieu a conclu avec Israël s’explique comme ceci : YHWH a instauré les prêtres pour intercéder en faveur de tout Israël. Et Israël a été choisi pour être le prêtre du monde entier car telle est la promesse que Dieu a donné à Abraham depuis le début de son élection : en toi seront bénies toutes les familles de la terre. (Gen 12, 3).

Dans le texte, on peut comprendre entre les lignes que la gloire annoncée par le prophète sera une gloire inégalée. De quoi parle-t-il ? Puisque le deuxième Temple après l’exil n’a jamais été terminé même si Aggée et Malachie ont pesé de tous leur poids pour faire avancer les travaux. Donc, le prophète parle d’autre chose.
En fait, il parle d’engouement de toutes les nations qui voudraient venir à Jérusalem non pas cet fois ci pour admirer les édifices mais pour voir cette gloire de Dieu.
Oui chers amis, c’est cela la foi, voir la gloire de Dieu à travers les ruines et les décombres.
Quand vous regardez ce qui se passe autour du mur de lamentation en Israël, ce mur de lamentation qui n’est autre que la partie inférieure du mur construit par Hérode le Grand. Il est vrai qu’il y a beaucoup de juifs qui y viennent pour pleurer la destruction du temple et évoquent leur nostalgie du lieu saint. Mais avec le temps cela a beaucoup évolué, il y a même des personnes qui insèrent des bouts de papiers avec des prières inscrites dedans entre les pierres. Maintenant, il y a même des fêtes juives, des centaines de personnes qui viennent pour danser et faire la fête devant ce mur lors des sabbats. Beaucoup de diasporas juives venant du monde entier qui ont choisi de célébrer le Bar Mitzva de leurs fils juste devant ce mur de lamentation. Tout cela c’est pour vous dire que le mur qui est sensé rappeler la douleur de ce peuple est devenu un lieu de réjouissance et même de joie.
Cela me fait penser à la parole que Jésus avait annoncée en s’identifiant à ce Temple et sasa destruction définitive qu’il a déjà vu en vision. Voici ce que Jésus avait dit : Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. (Jn 2, 19). En même temps, il annonçait en prophétie que le Temple allait être détruit mais derrière cela, Il annonçait une grande consolation bien meilleure. Sa mort et son tombeau furent une immense tristesse pour les disciples mais par la suite ils devenaient la raison de joie pour le monde entier. La croix du Christ, et sa mort deviennent le rayonnement du christianisme.
Dans l’évangile de Jean, Jésus utilise même le verbe glorifier en invoquant sa mort, lorsqu’il s’est adressé au Père : Père l’heure est venue, glorifie ton Fils, pour que le Fils te glorifie. (Jn 17, 5). Chez Jean on parle même d’élévation quand il parle de la crucifixion. Cette élévation a été fait par son abaissement, comme le dit l’apôtre Paul : il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, (Fil 2, 8-10a).
C’est un message d’espoir pour le monde où nous vivons ce texte d’aujourd’hui, car là où on pense qu’il n’y a que la mort et le désespoir, la lumière de Dieu resurgit du fond du tombeau du Fils de Dieu. Et nous serions un peu comme Marie de Magdala qui a pleuré de tout son corps en voyant le tombeau vide, mais ces larmes se sont changées en joie immense.

Toi aussi, veux-tu être comme Marie, après avoir tellement pleuré, serais-tu prêt à être porteur de bonne nouvelle pour toutes les nations ?

Pasteur Jean-Luc Ramanantombotsoa